Interview La Chica (Partie 2)

©Adriana Berroteran

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Cette deuxième partie de l’interview se concentre davantage sur La Loba (la louve), le nouvel album de La Chica sorti le 4 décembre 2020 qui nous emmène dans un voyage initiatique. C’est un disque très intime, authentique et purificateur, rendant hommage à son frère Pablo décédé après un accident au Mexique cet été. Ce nouvel album est un chant féministe, passant de la colère à la lumière, redonnant de la vie et du courage.

La thématique du mois de l’association est la renaissance (el “florecimiento”). On sent que cette notion est très présente dans votre musique. Qu’est-ce que la renaissance pour vous ? Quelle importance lui accordez-vous ? 

Je lui accorde une importance énorme. D’abord parce que je pense que l’on peut mourir plusieurs fois dans une vie. Moi, j’ai eu l’impression d’être « morte » deux fois dans cette vie, d’en être arrivée à un niveau d’énergie tellement bas qu’il allait falloir tout reconstruire pour revivre. 

Pouvoir renaître est une puissance que l’on a tous en nous et plus particulièrement nous, les femmes. Cela fait des siècles que nous sommes habituées à être cassées, brisées en 1000 et nous nous sommes toujours relevées. La renaissance, qui correspond au changement et à la transformation, est parfois douloureuse. Mais pour pouvoir arriver à cette métamorphose il faut passer par une étape de mort, par l’acceptation de laisser des choses derrière nous. Si cette étape d’acceptation n’est pas assumée, on ne peut pas aller vers la transformation. Et ensuite, le sentiment d’être passé à une nouvelle étape, d’être entré dans une nouvelle ère et de se ressentir refleurir est un sentiment unique et incroyable. Il faut accepter cette idée de cycle.

La Loba est la chanson phare de l’album, quel est le message principal transmis à travers ce titre ?

Je l’ai appelé comme ça car c’est un chant féministe. C’était important pour moi d’enfin faire un chant pour les femmes. Il est inspiré d’une légende mexicaine racontant la légende de la louve, qui est une vieille femme marginalisée considérée comme une sorcière. Cette femme a la particularité de ramasser les os, de chanter au-dessus de ces os et son chant sacré redonne la vie aux corps éteints. Je me suis inspirée de cette légende-là parce que pour moi c’est un chant d’espoir à toutes les femmes qui se sont fait écraser depuis des millénaires par leur mari, par la société, par un système qui n’est pas fait pour elles. Cette reconnection à la nature instinctive, à ce feu et à cette puissance féminine que nous avons est très importante. On peut renaître de ses cendres, de situations traumatisantes grâce à cette force-là.   

Pourquoi cet album est-il si important pour vous ? 

Cet album est le reflet de mon année 2020, une année intense, violente, remplie de changements et de deuil. Mais aussi d’amour suprême.

La légende de La Loba est ce qui m’a aidé à traverser cette période si particulière. Mon frère décède en Juillet. C’est d’une violence inouïe. Je décide de lui dédier un album car il fallait que mes émotions soient transformées et si je n’avais pas eu en moi cette figure de La Loba qui dit qu’on « survit à tout », je n’aurais pas pu traverser cette étape. Finalement, cette expérience de la mort n’est pas seulement une connexion spirituelle, c’est avant tout une véritable reconnexion à soi-même et aux choses essentielles de la vie.

Le clip de La Loba est puissant, il y a quelque chose de très cru, une force viscérale et animale. Quelle est la symbolique du sang dans ce clip ? 

Le sang peut représenter les étapes passées par les femmes mais représente aussi le feu, le fait d’être vivant. Je suis couverte de sang et j’embrasse tout ce qui m’habite, je porte la vie sur moi. Le clip termine avec une renaissance, avec une ouverture de rideau, le visage couvert de sang vers le futur. 

C’était important pour moi de faire apparaitre du sang dans un clip féministe.  Je veux en finir avec tous les tabous féminins, avec cette société qui dit que tout ce qui sort du corps de la femme est sale alors que pour moi c’est lié à la vie. Ce clip est donc un message de vie, contrairement à la violence sociale quotidienne que l’on subit indirectement chaque jour.

Cet album est en effet un hymne aux femmes, à la féminité, quelle importance cela a pour vous ? Quelle image de la femme voulez-vous transmettre ? 

Mon frère est la première personne à m’avoir parlé de féminisme. Cela a été une révélation qui m’a aidé à assumer enfin pleinement ma féminité en acceptant cette dualité féminin/masculin que l’on porte tous en nous. C’est aussi pour cela que je m’appelle La Chica parce que pour moi c’est ça, c’est cette dualité féminin/masculin avec son aspect de guerrière moderne. J’aimerais que l’on redonne sa puissance à la femme, qu’elle cesse d’être ce petit être fragile qui a besoin d’être protégé par l’homme. J’ai envie de changement, envie que la place de la femme soit repensée et qu’elle soit repensée par les femmes avant tout pour arriver à cet équilibre homme/femme tant important.

Est-ce qu’il y a un autre message que vous auriez aimé faire passer à travers notre échange ? 

La vie est courte et il faut la vivre. Cela peut paraître anodin mais c’est d’une grande importance. À quel moment vit-on vraiment ? Est-ce qu’on se sent vivant et à sa place là, maintenant ? 

Un article rédigé par Mathilde, de l’association ThéâViDa

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