Interview La Yegros, “reina de la nu cumbia” – Partie 1

©Guilhem Canal

Mariana Yegros, de son nom de scène La Yegros (à prononcer “iégros” ou “Jegros”) est une chanteuse argentine originaire de Buenos Aires. Elle a étudié le chant lyrique et l’opéra au conservatoire de musique de Morón avant d’intégrer une troupe de théâtre alternatif. La Yegros a rencontré un succès fulgurant avec le titre « Viene de mi » en 2013 écrit par le célèbre compositeur Gaby Kerpel aussi dénommé King Coya. Sa musique est inspirée de différentes influences : elle nous offre un délicieux cocktail de musiques traditionnelles (cumbia, chamame, milonga, carnavalito etc.) et électroniques auxquelles se superpose sa voix si singulière. 

Originaire de Buenos Aires, aujourd’hui, vous habitez sur Montpellier depuis quelques années, pourquoi avoir choisi cette ville ? Est-ce pour le terreau artistique du coin? 

J’ai été un an à Paris, et ça a été dur. Il n’y avait pas de soleil et j’avais besoin d’être un peu plus près de l’Espagne parce qu’à ce moment-là, je ne parlais pas du tout français. C’est pour ça que j’ai décidé de déménager à Montpellier. Ça fait six ans que j’y habite et j’aime beaucoup la ville. C’était plus pour retrouver un peu de soleil, parce que quand on habite loin de son pays, on a besoin de chercher des similitudes, quelque chose qui ressemble un peu à sa ville. 

©Guilhem Canal

En cette période compliquée pour les artistes, où trouvez-vous l’inspiration ? Est-ce que cette période a véritablement restreint votre pratique artistique ou au contraire est-ce un moment pour vous réinventer et créer d’autres choses? 

Ça fait un an que nous sommes dans cette situation et, personnellement, je suis passée par différents sentiments : chaque mois était différent.

Les trois premiers mois, je me suis dit que c’était super car j’avais beaucoup voyagé, j’avais fait beaucoup de tournées… maintenant je pouvais rester à la maison pour faire des choses que je ne peux pas faire quand je travaille. J’ai fait un peu de musique mais pas beaucoup parce que je pense que j’avais besoin de me reconnecter avec moi-même, avec ma vie à la maison.

Après ça, j’ai pris conscience que cette situation allait durer plus longtemps que ce que j’avais pensé. J’ai passé un moment très triste où j’avais besoin de sortir, de faire ma musique, d’avoir cette connexion avec le public, de faire ce que j’aime. Pour les mois de septembre et octobre de l’année dernière, on a fait des concerts : j’ai pu retrouver cette connexion avec tous ces sentiments, avec ce désir de retourner à mon travail, à ma passion. Après ça, j’ai décidé de faire des rénovations dans mon appartement. Cela sera fini dans deux semaines et je pourrais commencer à travailler sur mon quatrième album. 

Vous vous rendez régulièrement en Argentine, comment ces allers-retours entre l’Amérique latine et la France participent-ils de votre pratique artistique?

Personnellement, j’avais le rêve de vivre en France et la vie m’a fait cette grande surprise de vivre dans une culture que jamais j’imaginais. Toute ma famille est en Argentine, je n’ai pas de famille en Espagne ou en Italie. Quand j’ai commencé à voyager et à connaître différentes cultures, ça a été une inspiration énorme. Déjà, la langue française est complètement différente de la nôtre et la culture, la manière de vivre… Pour moi, c’est super intéressant de pouvoir faire une musique qui mélange ma culture et la culture européenne. Le fait de voyager, de connaître différents paysages, différentes personnes, me donne de l’inspiration. Le fait de connaître aussi des musiciens, qui viennent d’Afrique, qui jouent des rythmes qui ressemblent aux nôtres tout en étant différents, c’est très inspirant. 

La thématique du moment est “Voz Libre”. Littéralement en français ça donne les “voix/voies libres”, qui peuvent évoquer le chemin qui mène à la création. Par quel processus avez-vous trouvé cet équilibre entre musiques électroniques et traditionnelles?

Mes parents sont du Nordeste de l’Argentine où l’on écoute beaucoup de musiques traditionnelles. Mon père surtout écoutait le chamamé qui est un peu mélancolique mais sur lequel on peut danser aussi. Ma mère écoutait de la cumbia et cette énergie m’inspire. En grandissant j’ai décidé d’aller au conservatoire de musique et j’ai fait de la musique lyrique. Après ça, j’ai eu l’opportunité de faire des castings. J’ai fait un casting pour une troupe de théâtre alternative, underground et pour moi, ça a été un peu la clef pour trouver mon chemin, pour me trouver moi-même. Je suis sortie du conservatoire et j’ai pris des cours particuliers de musiques africaines et  indiennes.

Après ça, j’ai eu la chance de connaître mon producteur qui s’appelle Gaby Kerpel avec qui j’ai travaillé sur mon premier album. C’est le musicien de référence en Argentine pour la musique électronique mélangée à la musique folklorique argentine. Grâce à lui, on a trouvé l’harmonie, l’équilibre. Ensemble et avec Daniel Martin aussi qui a écrit “Viene de Mi”, nous avons trouvé une identité très spéciale qu’aujourd’hui on peut reconnaître comme un projet qui transmet notre culture avec une vision moderne. Je me rappelle quand j’étais petite j’écoutais le chamamé et je me disais : “oui ça c’est la musique de mes parents, de mes grands parents, mais ce n’est pas la mienne”. Aujourd’hui, je fais des musiques traditionnelles et les jeunes peuvent sentir le mélange avec des sonorités modernes. 

Retrouvez la seconde partie de l’interview en cliquant ICI.

Un article rédigé par Fanny, de l’association ThéâViDa

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